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L'heure de pointe. Attention pas n'importe qu'elle heure de pointe, l'heure de pointe dans le métro. Vous avez besoin d'un peu de contact, d'un peu de chaleur humaine? Prenez le métro entre 7 et 9 heures du matin et je vous garantis que vous aurez la proximité que vous recherchez. Hashtag chantent les sardines, chantent les sardines.Tous les matins c'est la même routine, la même rengaine, j'attends sagement le train de 8h32 sur le quai, il sera plein comme d'habitude. Plein de gens, d'êtres humains, de Terriens à l'air endormi, les yeux à demi clos, des écouteurs enfoncés au plus profond de leurs conduits auditifs pour n'être en aucun cas en contact avec le monde qui les entoure, écoutant le dernier tube d'Ed Sheeran ou, comme moi, Francis Cabrel. La veille certains on fait la fête, certains ont préféré rester devant leur télévision, d'autres se sont couchés tôt, d'autres se sont couchés tard, certains ont fait la guerre, d'autres ont fait l'amour... Ce matin un père en vacances disait à ses filles, vous voyez les enfants on vit la vie des vrais Londoniens. Tous ces gens que vous voyez viennent de la banlieue pour aller travailler en ville tous les jours, voyez comme ils ne se regardent pas, ils ont tous des écouteurs dans les oreilles, lisent un livre ou jouent a candy crush sur leur téléphone portable, ils sont collés les uns aux autres mais ils s'ignorent, c'est fascinant. Il est vrai que les gens ne se regardent pas, les regards se croisent mais se fuient, je présume que c'est propre aux mégalopoles. On se croise tous les matins, certains visages sont familiers mais on ne se connaît pas. Qu’est ce qu’ils pensent ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Combien d’entre eux sont heureux ? Malheureux ? Parfois quand j’aperçois quelqu’un qui semble un peu mal dans sa peau, je ne peux pas m’empêcher de regarder s’il a une alliance. C’est complètement débile mais je me dis que s’il est marié alors ça veut dire que qu’au moins quelqu’un l’aime sur cette planète et ça me réconforte. N’en parlez à personne, d’accord ? Même mon psy ne le sait pas. L’homme en face de moi tripote frénétiquement la sangle de son sac à dos. Avec son costume-cravate, ses chaussures cirées et sa coupe de cheveux impeccable il ressemble à tous ces hommes que j’aperçois vers dix huit heures, à la sortie du travail, stressés et toujours pressés, typiques de la City. Je me demande à combien d’ulcères il en est ? Un ? Deux ? Si aucun, ça ne devrait tarder. Ses cheveux ont d’ailleurs déjà commencé à grisonner alors qu’il ne doit pas avoir beaucoup plus de trente ans. Il n’a pas d’alliance, lui. 8h55, les portes s'ouvrent, tout le monde sort. Rendez-vous demain, même endroit, même heure. 

Regardez la bas les enfants, il y a une dame qui dort debout. La dame c’était moi. 

Bien à vous, 

G